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POLARITES.

 Le noir, le blanc; l'instant en durée, le mouvement saisi;   répartition des masses et danse des corps seuls à deux; boxe à la Nougaro et retour du regard montant sur le ring comme un Duchamp descendant son escalier; la musique de Brieu, précise comme les gestes de ces deux-là qui s'abandonnent avec tenue en petite tenue; ces photos qui ne font pas d'histoires, mais des images comme "pures", images natives comme l'œil est sauvage.

  Et justement, alors que je navigue, erre dans cette "obscure clarté" où tomberont les stars, le grand taureau noir de Lascaux de mon enfance soudain apparaît et s'impose irrécusable, aussi évident que le sujet "caché dans le dessin" naguère dans certains journaux ou illustrés, au centre d'une des photos ou plutôt, ombre des cheveux cornus d'un des boxeurs, sur la poitrine claire de l'autre dont la tête a disparu; sidération.

 Cela m'ennuie un peu de ne pas savoir quel âge j'ai (moins de 7 ans au plus vieux) quand mon père dut me faire sortir de la grotte de Lascaux, la vraie, en raison de la terreur, de l’extériorisation bruyante d'angoisse, de panique (d'épouvante ?), avec des sortes de convulsions me semble-t-il, qui s'emparèrent de moi à la vue du "grand taureau noir". Qu'ai-je reconnu là ? À quelle réalité universelle cet enfant se trouvait confronté et le sachant, à quelle vérification dans la veille d'un cauchemar antérieur ?

  Et voici que je revois grâce à Christian cette image, en plus petit format sans doute, sans le même débordement chez moi en effet, comme apprivoisée - seulement comme: elle n'est pas "apprivoisable"- mais avec un trouble et une émotion d'une qualité apparentée à quelque, oui, réconciliation. Je ne sais avec quoi, mais, ainsi que l'ensemble de ces photos de l'ordre de l'humaine condition.

   Des animaux à la parole muette peuplent et hantent des couloirs, des forêts, des estrades, des marées, des chambres noires.

                                                                                                    Laurent Ikor